jeudi 7 janvier 2016

nouveaux animaux machines : quelle liberté ?


Dans cette sidérante vidéo, un robot cafard sert de plateforme de lancement à un drone libellule. Jean de La Fontaine, anthropomorphe, donnait au XVIIe la parole aux animaux, et leur faisait manger du camembert. De nos jours les animaux sont pris plus au sérieux. Les ingénieurs habillent les formes animales de technologie et produisent de l'art, de l'image poétique. Regardez au ralenti s'envoler cette chimère électronique diaphane chevauchant son destroyer mécanique, s'agit-il d'un rêve ou d' une image virtuelle?
Non il s'agit bien d'animaux mécaniques. Descartes, citant les automates fabriqués par l'homme, leur comparait "les animaux machines" créé par Dieu comme étant plus complexes et plus parfaits:
"...sachant combien de divers automates, ou machines mouvantes, l'industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces, à comparaison de la grande multitude des os, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps comme une machine qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables qu'aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes." Descartes, discours de la méthode.
L'aéronef, oiseau de métal, donne tort à Descartes, au moins sur la vitesse atteinte en comparaison de l'oiseau le plus rapide. Épiméthée, dans la mythologie grecque créateur des animaux, et Prométhée, créateur de l'homme et voleur du savoir des dieux, ont donc réussi par leur alliance dans le monde contemporain à engendrer ces nouveaux animaux machines affublés d'étonnantes propriétés. Mais il ne s'agit pas seulement d'art et de poésie.
Dans cette autre video (à 3mn36), ce robot passe d'une progression sur un plan horizontal, à une progression sur un plan vertical. Peu d'animaux en sont capables à une telle vitesse. Nous pouvons suivre ici des drones construisant un pont de cordes, ce dont sont incapables les oiseaux, sauf dans blanche neige. L'avenir leur appartient dans cette course à l'autonomie jusqu'au jour de leur pleine liberté.
Mais un robot peut il être dit libre ? Est il seulement sujet ?
 Au sens de Jacob von Uexküll, un sujet perçoit des événements dans son monde propre ( umwelt)  et leur attribue des significations qui lui permettent d'agir. En ce sens un robot peut être appelé "sujet", il perçoit à l'aide de caméras et de capteurs puis agit en fonction de ce qu'il interprète dans un contexte. Se pose alors la question de sa liberté. Il peut être dit libre au sens de la liberté négative : en l'absence d'obstacle, lorsqu'il n'est pas empêché d'agir. Mais il n'est pas qu'un automate car il sait agir en fonction de l’événement qui survient. Son cerveau digital sait traiter plus ou moins d'actions en fonction des signaux reçus. La liberté positive d'agir de l'animal est limité par la connaissance du monde qui se limite à son monde propre, parfois très étroit. Comme l'homme, sa liberté varierait donc en fonction du degré de ses connaissances, ce qu'affirmait Descartes pour la liberté humaine.
Mais alors que la lumière de la vérité, pour Descartes, nous est fournie par Dieu, celle des robots se forge par la programmation informatique issue par l'homme, inspirant un sentiment rassurant de contrôle de l'humain sur la machine.
Pourtant la vérité insufflée programmatiquement aux robots, s'ils doivent être utiles, ne peut être que la vérité définie par le pragmatisme : agir adéquatement sur la réalité, ce qui limite nécessairement le contrôle que nous avons sur eux.

Alors que la connaissance, suppléant notre physique déficient sans griffes ni crocs, nous avait permis de venir à bout du danger animal, nous fabriquons de nouveaux dangers avérés(cf  "la société du risque" , Ulrich Beck) et potentiels par des inventions calquées sur les animaux. L'homme prométhéen retrouve son frère épiméthéen pour créer de nouveaux animaux-machines, non mortels,  à son service. On ne sait pas encore où nous conduit l'hubris technologique, mais il faut se rappeler qu' Epiméthée a épousé Pandore et que la liberté d'un robot augmente en fonction de ses connaissances toujours plus nombreuses...




mercredi 6 janvier 2016

Pourquoi sauver la biodiversité ?

Ségolène Royal a tweeté le 6 Janvier : Retrouvez chaque jour une vidéo pour mieux comprendre ma loi :

Curieux d'entendre ce que contient la loi je regarde ce petit film, qui commence plutôt bien avec Gilles Boeuf qui explique la biodiversité en partant des bactéries qui nous composent. Puis à 2mn05s:
- On me dit souvent, vous voulez sauver la planète ?
- Pas du tout ce qu'on veut sauver c'est le bien-être de l'humain sur la planète.
Effectivement il y a une différence de taille! nous ne savions pas que la biodiversité c'était l'humain, le film débute d'ailleurs par l'affirmation contraire. L'anthropocentrisme a conduit à épuiser toutes les ressources vivantes ou inertes de la planète. Comme l'observe l'anthropologue Philippe Descola dans sa conférence "humain , trop humain" : "Il est même possible de considérer les activités humaines récentes dans le domaine biologique comme étant devenues la pression de sélection dominante". L'homme a considéré que le cosmos lui appartenait, que toute vie était destinée à son usage comme le prescrit la Genèse :
"Dieu leur dit: Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l'assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre. Et Dieu dit: Voici, je vous donne toute herbe portant de la semence et qui est à la surface de toute la terre, et tout arbre ayant en lui du fruit d'arbre et portant de la semence: ce sera votre nourriture. Et à tout animal de la terre, à tout oiseau du ciel, et à tout ce qui se meut sur la terre, ayant en soi un souffle de vie, je donne toute herbe verte pour nourriture."

Avec un tel programme, la razzia pouvait commencer.  La révolution copernicienne en biologie n'a pas eu lieu. Nous occupons toujours le centre de toutes les espèces. 
Déplaçons ce centre. Il faut sauver la planète pour une double raison : parce que nous vivons d'elle et parce que d'autres êtres y vivent aussi.

mardi 5 janvier 2016

Le corps cet inconscient

S'il l'on admet que le mot "esprit" ne recouvre aucune réalité qui ne puisse être remplacée par le mot "corps" , alors quelles conséquences en tirer pour le mot "inconscient" ?
Tous les désirs refoulés trouvent refuge dans "l'inconscient", mais si l'on admet la conscience comme une fonction du corps qui constate sa propre action, comme dans un miroir, alors l'inconscient se résume au corps qui agit sans en informer la conscience. Lors du refoulement, le miroir réfléchissant du corps à la conscience s'altère alors d'une zone recouverte de poussière.
Dans "Psychopathologie de la vie quotidienne" en 1901 Freud décrit l'acte "manqué" dans lequel le corps court-circuite  la fonction "volonté" pour agir. L'inconscient, par ce moyen, place son pied dans la porte entrouverte du conscient pour manifester la présence du refoulé.

La fonction corporelle "conscience", qui affronte une contradiction lorsque nous sommes soumis à une pulsion interdite par la culture, ne peut trouver d'issue que par deux moyens exclusifs l'un de l'autre:
- affronter l'interdit, le tabou.
- nier la réalité de ce désir
Un peu comme si nous ne savions où nous diriger face à un chemin qui se sépare en deux, chargé d'un paquet dans lequel se trouverait, sur un ressort compressé, le désir refoulé sous un couvercle. Si nous laissons se détendre le ressort, libérant le désir, il faut prendre le premier chemin. Il présente beaucoup de difficulté, borde un précipice et son sol est mal commode, mais il arrive à destination. De l'autre côté le chemin, plus facile, s'apparente à une grande courbe au sol lisse, mais il nous est impossible d'emmener le paquet, il faut le laisser sur place avec une pierre sur le couvercle. Cette courbe est circulaire et nous ramène inexorablement à revenir à côté du paquet sans pouvoir l'ouvrir. Le seul moyen de quitter ce cercle consiste à revenir par le chemin difficile pour enfin ôter cette pierre . L'inconscient, le corps donc, garde trace du refoulé, du paquet. Dans l'hystérie de conversion, dans la somatisation, le corps sculpte ce qui n'est pas passé par le miroir de la conscience.
Hegel qui a construit sa philosophie sur la dialectique a certainement inspiré Freud dans sa théorie du refoulement, exemple fondateur d'un processus dialectique: un désir , une négation du désir, puis quelque chose qui rassemble les deux, qui s'appelle le refoulement, mais qu'on pourrait appeler le corps.
Rappelons nous Spinoza : "Personne, en effet, n'a jusqu'ici déterminé ce que peut le corps" Spinoza, Ethique III. 



lundi 4 janvier 2016

Esprit es tu là ?

"La plupart de ceux qui ont écrit sur les affects et sur les principes de la conduite semblent traiter non de choses naturelles qui suivent des lois générales de la nature, mais de choses qui sont en dehors de cette Nature. Il semble même qu'ils conçoivent l'homme dans la Nature comme un empire dans un empire." nous dit Spinoza dans "l'Ethique" publiée en 1677.
L'homme prendrait ses décisions librement, en dehors des règles physiques, chimiques ou biologiques, qui affectent tout corps naturel. Il formerait en quelque sorte un empire indépendant dans l'empire des choses de la nature, ce que conteste Spinoza.
Nous revendiquons appartenir à la nature, mais nous nous définissons par la culture : tout ce que l'homme produit se définit comme culturel. Nous serions donc le seul animal sur terre dont les productions ne sont pas naturelles. Cette fiction implique un dualisme : notre corps est naturel, mais notre esprit, que nous distinguons de notre corps, ne le serait pas. Notre enveloppe corporelle obéirait aux lois de la physique, et à la nécessité , mais pas notre esprit. Notre empire intérieur pourrait décider d’obéir ou non aux appétits , il pourrait soumettre le corps à son dictat.
Mais si nous conservons un point de vue matérialiste, qu'est ce que l'esprit ? Comment connaitre l'empire intérieur de l'autre ? par ses pleurs, ses rires, ses expressions par le langage, ou par ses actes... donc dans tous les cas par son corps. Mais le corps de l'autre reste inconnu : Il existe des pensées ou des sentiments que le corps l'autre n'exprime pas.

Comment connaître mon propre esprit ? par la pensée réflexive, par la conscience dira-t-on, mais la pensée elle même passe par l'intermédiaire du langage et la langue est parlée par un corps. Je peux penser en silence, de même que je peux chanter en silence, me réjouir ou m'attrister silencieusement, sans manifestation corporelle visible. Mais de ce silence et de cette invisibilité pourquoi inférer qu'il ne s'agit pas de mon corps ? Pourquoi appeler "esprit" ce que je perçois de mon corps ?
Pourquoi rattacher les pensées à un "esprit" plutôt qu'au corps?

L'esprit n'existe pas, le corps a inventé cette fiction. Le corps a des facultés : la conscience, la volonté. La conscience permet au corps d'être informé de ses propres processus "internes", un peu comme l'ordinateur peut connaître la taille de sa mémoire, quelle application il exécute etc. Nul besoin d'un esprit pour commander le corps. La volonté ? c'est simplement le corps conscient de ses actes.  La plupart du temps nous sommes conscients du corps, mais il fonctionne parfaitement sans la conscience : le sang coule dans nos veines sans que nous l'apercevions, nombre de processus biologiques adviennent sans qu'ils soient notifiés à la conscience, le corps marche tout seul chez les somnambules inconscients de leurs actes donc sans leur volonté. Inversement donnez beaucoup d'alcool à un prix nobel de physique et vous verrez le résultat sur sa volonté ou sa conscience de lui même. Donnez un joint au philosophe et il vous racontera que l'esprit n'existe pas ( non là je plaisante). Tout corps fatigué ou drogué pense moins clairement. La volonté faiblit inexorablement lors d'un épuisement corporel, tout participant à une dure épreuve physique a pu le constater.
Les fonction attribuées à "l'esprit" proviennent du corps, de ses atomes, de sa chimie, de son électricité. Cette chimère "l'esprit", empire dans un empire, nous fait croire à notre libre arbitre, et à notre séparation de la nature, dont nous serions englobés par elle tout en l'excluant.
Lorsque Karl Marx nous dit dans la préface de "Contribution à la critique de l'économie politique" que "Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être; c'est inversement leur être social qui détermine leur conscience." Il énonce une tautologie, leur conscience c'est leur corps, tout comme leur être, et leur être social c'est la même chose que leur conscience puisque c'est leur corps. S'il veut dire par là qu'un corps trouve des motifs à agir, soit lorsqu'il souffre pour diminuer cette souffrance, soit lorsqu'il prend du plaisir pour continuer ou augmenter ce plaisir, alors nul besoin de faire précéder la conscience par l'être.
Hegel, dont Marx a hérité du concept de dialectique, montre que la réalité est un processus dialectique pour la conscience qui partant de l'erreur s’élève vers la vérité. Il aurait pu lui aussi élaborer la même phénoménologie en remplaçant "Esprit" par corps.
La religion, invoquant la fiction de "l'esprit" de Dieu, soumet en fait les corps des fidèles. Les extrémistes ont beau jeu de les transformer en somnambules.







samedi 2 janvier 2016

Le soleil se lève

Le langage viendrait comme un écran entre nous et la réalité, entend on souvent. Au lieu de percevoir le réel directement, nous y calquons nos catégories, nos mots, jetant sur le monde le voile de Maya . "Nous ne voyons pas les choses mêmes ; nous nous bornons, le plus souvent, à lire des étiquettes collées sur elles." dit Bergson dans "Le rire". Pourtant si nous ne possédions pas, bien avant d'avoir acquis une langue maternelle, de capacités de filtrer et contraster le réel, l'apprentissage de cette langue pourrait-elle aboutir?

Wilard Van Orman Quine, qui appartient au courant de la philosophie analytique, mais critique de l'empirisme logique, est auteur de "Le mot et la Chose" et de "Langage théorique et langage observationnel". Dans ce dernier texte il dénie qu'il soit possible de différencier, d'une part, un langage empirique pour constater des faits expérimentaux et d'autre part, un autre langage pour la théorie.
A propos d'un enfant qui doit apprendre le mot "rouge", avec l'aide de sa mère, il nous dit ceci : "[...] l'enfant doit être disposé à associer une balle rouge avec une balle rouge plutôt qu'avec une balle jaune, à associer une balle rouge avec un ruban rouge plutôt qu'avec un bleu, à dissocier la balle d'avec son environnement [...] Pour pouvoir apprendre le mot rouge il faut avoir une réceptivité aux 'espèces naturelles', en tout cas une tendance à répondre avec un intensité différente à des différences différentes. Au tout début, les mots sont donc appris grâce à des ressemblances et des contrastes qu'on peut percevoir sans recourir aux mots."
Mais cette première phase d'apprentissage: langage comme "copie" du monde, précède une deuxième phase dans laquelle le langage se développe par l'intermédiaire du langage lui même, où les mots sont définis par d'autre mots, où l'on ajoute des formes spécifiques comme le pluriel ou le féminin. Dire "une table" ne vient pas du fait que le genre de la table est femelle dans la réalité. Nommer "mécanisme génétique" ce qui ce passe dans les cellules, ne copie pas un objet "mécanisme" trouvé dans la nature. Pour Quine, le langage déborde largement la fonction "langage-copie" nécessaire pour démarrer le processus d'apprentissage d'une langue. Trouve-t-on les concepts dans la réalité ou dans la langue ? où trouver le concept vertébré ou le concept conifère dans la nature?

Oui, le langage nous éloigne de la réalité, d'où la tentative pour le scientifique de "choisir" son langage afin de diminuer les ambiguïtés, d'une part pour décrire les faits d'autre part pour énoncer les théories. Il faut alors trouver à exprimer l'expérience scientifique au plus près par des mots simples débarrassés de toutes les catégories surimposées du langage qui distancient du réel, se séparer des mots flous comme "ici" ou "maintenant" dans les comptes rendus d'expériences.
De même les théories doivent être exprimées le plus rationnellement possible pour toute science, avec la rigueur des mathématiques.
Ce raisonnement a conduit l'empirisme logique a vouloir prescrire tous les énoncés théoriques de la sciences à l'aide de la logique des prédicats.
Quine a montré, avec Duhem, qu'il n'était pas possible de créer des énoncés simples, que tout énoncé décrivant un phénomène embarquait avec lui une théorie, une vision du monde. Par exemple l'observation : ce matin le soleil s'est levé à 7h30, peut être vu comme une survivance de la théorie géocentrique pré-copernicienne dans la langue , alors que le soleil ne se "lève" pas, c'est la terre qui tourne autour et sur elle-même.


vendredi 1 janvier 2016

le mal effet, sa cause ?

Nous avons vu ces derniers temps se développer une polémique provoquée par la stupeur de découvrir des terroristes provenant de notre propre sol. Pour y contribuer, un détour est nécessaire.

D'où vient le mal ?

Les phénomènes naturels extrêmes: tremblement de terre, tsunamis, inondations, incendies de forêts, éruptions volcaniques nous affectent directement mais peut-on en conclure que la nature nous veut du mal ? Aucune intentionnalité ne peut être déduite si l'on adopte un point de vue scientifique. Chacun de ces événements se traduit par une suite de causes et d'effets, par exemple un séisme provient de l'énergie libérée par un glissement de plaques en profondeur dans le sol. Mais pourquoi les plaques glissent-elles ? Sur le chemin de recherche des causes, nous trouvons deux réponses possibles :

-Première réponse:  la cause première, par régression, restera inatteignable, car l'infini échappe à l'homme. La nature provoque des phénomènes qui nous atteignent durement, mais les maux sont en nous. Ni le mal, ni la justice, ni le bien, ni l'injustice ne se trouvent dans la nature. Un phénomène climatique sera avantageux pour une espèce, dramatique pour une autre. Manger une gazelle est un bien pour le lion, un mal pour la gazelle. Mais se pose alors la question d'où vient le mal, lorsqu'il est causé par l'homme ?  Les sciences dures ne nous aident pas car il faut comprendre avant d'expliquer. Comme l'explique Dilthey "nous expliquons la nature et nous comprenons la vie psychique". Les réponses des sciences sociales sur l'origine du mal font le plus souvent appel au concept de déterminisme social, les idéologies politiques le considèrent plus ou moins inhérent à notre nature ou conséquences d'un mode de production.

- Seconde réponse: l'infini échappe à l'homme, mais pas à Dieu qui est la cause de toutes choses. Une autre question surgit : pourquoi Dieu, bon et tout puissant, a-t-il introduit la notion de mal sur terre? Chez les Dieux grecs, qui s'affrontaient durement, nul scrupule à faire le mal. L'affrontement des dieux mimait le combats des hommes, la question de l'origine du mal n'existait pas. Cette très ancienne question de la théodicée remonte à la fondation des monothéismes. Les stoïciens répondent que le mal n'existe tout simplement pas, Dieu est cosmos, ordre, il ne fait ni le bien ni le mal. Dieu est le monde, comme pour Spinoza plus tard et son "Deus sive natura"(*). Pour Saint Augustin il règne dans l'univers une perfection que nous n'appréhendons pas complètement, la présence du mal fait partie de cette perfection que nous n'arrivons pas à comprendre à cause de notre finitude. Il avance aussi l'idée que Dieu nous a donné le libre arbitre, pour choisir entre le bien et le mal. Pour Pascal, et pour les jansénistes, l'origine du mal vient de la chute. Adam a crée le pêché. Le mal vient d'un manque de grâce perdu à jamais. Chez Leibnitz, comme pour St Augustin, se trouve aussi l'idée que le mal appartient au tout, que notre point de vue n'est que parcellaire, qu'un mal peut entraîner ailleurs un bien.

 Une toute autre perspective nous est amenée par Nietzsche. L'homme est plongé dans la nature, le bien comme le mal sont les conséquences d'une morale. "Il n’y a pas de phénomènes moraux rien qu’une interprétation morale des phénomènes" dira-t-il dans "Par delà le bien et le mal". Le bien et le mal sont absolutisés alors qu'ils sont relatifs à la culture. Inutile de vouloir identifier "souffrance" et "mal", on souffre lorsqu'on se casse une jambe, pour autant quel sens cela aurait-il de vouloir chercher dans ce cas d'où vient le mal ? Pour Nietzsche la souffrance fait partie de la vie et apparaît donc comme inévitable.

Pour certaines idéologies comme le marxisme, pour les sociologues comme Bernard Lahire ou certains philosophes comme Cynthia Fleury, nous portons une responsabilité dans le "mal" qui a atteint les terroristes français le 13 Novembre. Elle  déclare dans l' écho republicain le 27/12/2015 : "Il ne s’agit pas de nier la gravité de l’heure, de refuser d’interroger les manques de notre culture et de notre justice qui n’ont pas su fournir les ressources nécessaires aux âmes, nées sur notre territoire, pour résister à la tentation de haine, à la volonté de vengeance, au désir de châtiment. Notre modèle républicain n’a pas su offrir les armes intellectuelles et existentielles pour résister à l’appel des aliénés terroristes." Ainsi le monde "devrait" être un monde heureux, sans haine et sans souffrance, car la souffrance appelle la vengeance et le mal. Lorsque le mal surgit la solution serait d'éradiquer la souffrance, et nous portons la responsabilité d'éradiquer la souffrance du monde ce que nous n'avons pas réussi à cause d'un manque dans notre culture et notre justice. Voici ce que répond Nietzsche dans "par delà du bien et du mal" en parlant des philosophes nouveaux : "la souffrance elle-même, à leurs yeux, est une chose qu’il convient d’abolir".

Quelle place laissée, dans cette contrition républicaine, à l'individu, à ses parents, à son histoire, ses choix, son libre arbitre, sa responsabilité ? Le modèle républicain, tout puissant pour Cynthia Fleury -comme si l'économie devenait accessoire-, doit il se charger d'interdire les angoisses métaphysiques humaines et donc la religion ? Doit il intervenir dans les familles pour éradiquer les carences affectives ? Interdire les divorces ? Supprimer les différences physiologiques ? car après tout naître de petite taille, comme toute différence physique engendre aussi de la souffrance ? Comment pourrions nous égaliser toutes les vies ?
Parmi les millions de musulmans qui vivent en France seuls quelques dizaines, qui avaient été scolarisés, dont certains possédant le bac et un travail, sont devenus des terroristes. Pourquoi ne pas se dire à l'inverse que pour ces millions d'autres citoyens que le modèle républicain a su "offrir les armes intellectuelles et existentielles pour résister à l'appel des terroristes", et s'en féliciter? Et que le terreau favorable de la réclusion économique, contre laquelle il faut lutter pas seulement comme motif possible de radicalisation, transformé en "cause" par quelques sociologues, n'a pas, pour la très grande majorité suffit à les précipiter dans les bras de l'ennemi. La ministre de l'éducation en fournit un excellent exemple, manifestement ignoré.


(*) Dieu ou la nature

 

mercredi 30 décembre 2015

Peut on prévoir le futur ?


De prime abord nous répondrions non à cette question: par définition l'avenir est imprévisible. Nous ne savons pas ce qui va arriver dans une minute, une heure, ici dans la rue ou très loin là bas.
Pourtant à y regarder de plus près, à chaque instant nous effectuons des prédictions. Pourquoi prendre le sac pour les courses sinon parce que je sais qu'il y a un magasin, que je vais marcher dix minutes pour y arriver, que je prévois que je vais y trouver de quoi manger ? Pourquoi vais-je au cinéma à 20h, où passe le film z, sinon parce que je fais le calcul que je vais voir ce film z à 20h ? Comment puis je savoir qu'il sera 20h après 19h ?
Agir dans le monde c'est prévoir. Aucune action n'est possible sans imaginer le futur. Evidemment, il est impossible de TOUT prévoir,  et nous n'avons aucune garantie d'aucune sorte que ce que nous imaginons va réellement arriver mais nous faisons le pari des régularités de la nature et de ses productions, dont les hommes et leur comportement. Le jour se lève aujourd'hui, par conséquent il se lèvera demain. Le magasin se situait là hier, il sera à la même place demain, voilà comment nous raisonnons. Pourtant de multiples autres possibilités peuvent se présenter : si vous partez demain au cap nord, vous ne verrez pas le soleil se lever, un incendie peut ravager le magasin. La contingence vient mettre un bâton dans les roues de la prédiction, car nos vies sont basées sur l'idée que l'identique se reproduit nécessairement, que du passé nous pouvons dériver le futur. Comment lever ce doute sur nos prédictions, qui sont nécessaires pour agir, mais sont grevées par la contingence du monde ? c'est le travail de la science. Comme le dit Quine dans "Les deux dogmes de l'empirisme" en 1951:
"Etant empiriste, je continue à concevoir, en dernière instance, le schème conceptuel de la science comme un instrument destiné à prédire l'expérience future à partir de l'expérience passée."
Mais que fait-elle de différent de nous, la science ?
La science construit, comme nous, des théories pour modéliser des lois de la nature qu'elle suppose constantes et permanentes. Une fois élaborée, la théorie doit être à même d'être confirmée ou infirmée par une expérience. C'est ce que je fais en allant faire mes courses direz vous , avec la théorie implicite : un magasin ne change pas de place dans la nature. Sauf que comme on l'a vu le magasin peut disparaître, sa présence n'est pas nécessaire. Une théorie scientifique au contraire se veut universelle : valable en tout lieu et en tout temps et nécessaire. Ainsi les lois physiques offrent-elles un caractère de nécessité ( qui ne peut pas ne pas être), caractéristiques de la science. La loi d'attraction universelle serait fausse si quelquefois la pomme pouvait tomber vers le haut. Seulement il y a un problème : comment élaborer une théorie ? à partir de quoi ?

Il y a essentiellement deux réponses. Soit j'ai remarqué une régularité, un phénomène qui se répète, et je peux supposer qu'il va se répéter toujours pour construire ma théorie, c'est ce qu'on appelle un raisonnement par induction.
Soit je construis une hypothèse dans mon esprit par pure imagination et j'infère tous les effets qui pourraient advenir à partir de cette hypothèse dans la réalité si elle était vraie. C'est le raisonnement par déduction.
Dans son "enquête sur l'entendement humain" en 1748, David Hume a soulevé un problème fondamental. Il remarque que ce que nous appelons "cause" et "effet" ne provient que d'une conjonction dans le temps et dans l'espace de deux phénomènes. S'il fait froid et que je mets mon verre d'eau dehors, il gèle. le glaçon, qui est l'effet, a pour cause le froid. Notre perception des causes et des effets s'appuie uniquement sur l'habitude. Nous nommons cause et effet la conjonction habituelle que nous observons. Quand surgit la cause, nous attendons automatiquement l'effet. Voilà pourquoi l'induction est un problème, puisque le même procédé est en place, je vois une grenouille verte, puis deux je pense toutes les grenouilles vertes. Russel, mathématicien auteur des "principia mathématica" avec Whitehead a illustré l'erreur de raisonnement que provoque l'induction avec l'histoire de la dinde: cette dinde ravie de voir que jour après jour elle recevait sa pitance de la main du paysan était persuadée que cela durerait, durerait ... jusqu'à un certain 25 décembre. Pour être plus complet, le problème de l'induction pourrait faire l'objet d'un livre entier : car Hume a tort, nous ne nommons pas cause et effet toutes les conjonctions répétées. Si chaque fois que j'ouvre les volets je me trouve en face de mon voisin qui fait de même, je n'en suis pas la cause. Il manque donc quelque chose à son analyse.
La déduction semble une meilleure méthode pour affirmer des lois puisqu'elle ne s'appuie pas sur la répétition mais sur les inférences logiques. Mais peut on être sûr qu'une théorie scientifique est vraie ? Après tout on ne peut jamais créer autant d'expériences que possible, dans tout l'espace et toute l'éternité pour  vérifier si elle reste vérifiée ! La nécessité vient de l'esprit, pas de la nature. Pire il est des objets des sciences qui ne permettent pas de configurer les expériences voulues : alors je prend une planète, je la mets là... Alors comment vérifier la validité d'une théorie ?

La réponse est simple : c'est impossible. La seule possibilité qui nous est offerte consiste à vérifier, lorsqu'une expérience est possible, que les faits observés sont conformes à la théorie. Mais l'observerait-on mille fois qu'on retomberait dans l'induction pour dire : vous voyez cela s'est produit mille fois donc...En revanche, comme Karl Popper l'a montré dans "La logique des découvertes scientifiques" il est possible de prouver qu'une théorie est fausse. Popper va même plus loin : si une hypothèse n'est pas réfutable, c'est à dire qu'on ne pourra jamais par construction trouver des faits qui puissent l'invalider, alors ce n'est pas une théorie scientifique. C'est ce qu'il dira du Marxisme, dont la logique systémique fournira toujours une bonne réponse aux faits observés quels qu'ils soient.

Mais Popper sera lui aussi mis en question, par exemple par Thomas Kuhn dans "La structure des révolutions scientifiques" en 1962, dans lequel il démontre que les grandes révolutions scientifiques, comme celle de Copernic ou de Newton, ne se produisent jamais par réfutation, mais par un changement complet de paradigme chez les chercheurs.
Alors continuez de faire les courses, mais attention, un jour le magasin ne sera peut être plus là.



Les dessous de la déchéance

La future révision constitutionnelle vise, entre autre, à modifier l'article 34 de la constitution. Il s'agit d'ajouter une mesure de déchéance de nationalité étendue à ceux qui commettent des actes "terroristes" nés français de parents étrangers en France. Elle n'aura que des conséquences négatives et j'espère qu'elle ne sera pas votée. Pourquoi ?
Tombent sous le coup de la nouvelle mesure les auteurs d' actes terroristes :
-  qui ont acquis la nationalité française depuis moins de quinze ans, ou qui ont commis l'acte avant cette acquisition.
-  dont la nationalité française a été attribuée à leur naissance, donc nés français, parce que l'un de leurs parents étrangers est né en France.
Ce projet de loi est en effet discriminatoire, comme l'est déjà l'article 25 du code civil,  car seuls ces deux catégories sont susceptibles, à crime égal, de se voir retirer leur nationalité française, alors qu'il est impossible de la retirer à un français d'origine (né d'un parent français ), qui sinon deviendrait apatride. L'article 23 de la loi 98-170 du 16 Mars 1998, ou loi Guigou, qui précise l'article 25, empêche la déchéance quand elle crée des apatrides.
Mais ce projet ne peut être qualifié d'injuste qu'à cause de cette discrimination, discrimination qui existe déjà dans l'article 25 du code civil, pour les naturalisés qui peuvent être déchus de leur nationalité française. D'où l'argument du gouvernement qui veut rétablir une "égalité" pour la déchéance parmi les bénéficiaires du droit du sol, entre nés français et naturalisés, créant en même temps une nouvelle inégalité, entre français d'origine et les autres.

Pourquoi n'est-il pas injuste, dans l'absolu, de renier l'appartenance à une communauté politique ?

 Qu'est ce que l'appartenance à une communauté politique ? L'appartenance fait partie des biens, mais elle constitue un bien particulier, puisque tous les membres de la communauté possèdent ce bien par définition. (Sphere of justice, Michael Walzer, chap. 2) . Elle suppose l'adhésion aux valeurs de cette communauté, le respect des liens qui l'unisse et une compréhension partagée de ce que sont les biens et leurs mécanismes de distribution. L'appartenance ne vient pas de critères génétiques, elle n'est pas attachée au corps. Si les enfants des membres en héritent, c'est moins par filiation que par nécessité de régénération. Le meilleur moyen de faire persévérer la communauté et ses valeurs c'est de profiter d'une "tabula rasa", pour y imprimer le sceau du lien communautaire qui existe chez les parents et les autres membres. Inversement si un des membres de la communauté prend pour objectif la destruction de celle ci et la disparition de ses membres, tout en adhérant à une autre communauté ennemie alors l'individu rompt le contrat social, de la manière la plus violente qui soit. Il ne remplit plus les critères d'appartenance, il ne peut plus faire partie de la communauté politique.La déchéance de nationalité serait donc une conséquence logique pour celui qui retourne les armes contre les siens pour le compte d'une armée étrangère. La première justification d'un état se trouve dans la nécessité de se regrouper pour unir ses forces et se défendre, ce qu'illustrait il y a peu l'existence d'un service national pour apprendre aux jeunes d'une classe d' âge à défendre le pays. On ne devrait pouvoir obtenir ni conserver la nationalité associée à tel un état si l'on s'engage dans l'armée adverse d'un état en guerre dans le but de tuer ses compatriotes.

Mais cette mesure ne serait juste que si elle concernait tous les citoyens, ce qui n'est pas possible à cause de la loi de 1998 sus-citée, elle même conforme à la déclaration universelle des droits de l'homme. En d'autre temps ce crime était encore plus lourdement sanctionné, puisque le traître à la nation était fusillé. Après avoir déclaré le pays en guerre, il semble que l'on ne soit pas parvenu jusqu' à l'idée qu'il faille des tribunaux militaires. Autre temps, autre moeurs.

Outre la discrimination et donc l'injustice, une des conséquences possibles de cette modification de la constitution pourrait être le retour sur notre territoire de terroristes français déchus de leur seconde nationalité et renvoyés par des pays qui adopteraient le même genre de lois par une sorte d'esprit de revanche. Cela irait à l'exact opposé de l'effet prévu par la loi.Une autre conséquence,  c'est le sentiment de stigmatisation pour les populations concernées, d'être des français de seconde catégorie, ce qu'elles éprouvent déjà sur le marché du travail, comme l'indique ce graphique de l'Institut Montaigne :
Il faut aussi imaginer, la situation où un terroriste, français d'origine, est capturé avec un autre terroriste, français par acquisition, qui auraient commis exactement le même crime et qui, français tous deux, auraient des sentences divergentes, qui contrevient au droit français. Mais ce dilemme peut exister aujourd'hui indépendamment de la révision constitutionnelle, simplement à cause de l'article 25.

Si les récents sondages montrent que les français adhèrent dans une large majorité à ce projet, c'est parce qu'ils estiment que ce bien : l'appartenance à la communauté, doit être ôté à ceux qui font acte de terrorisme et pour qui la loi le permet. Ils estiment que le droit du sol continue de s'appliquer, puisque personne n'est "obligé" de devenir terroriste. Ils considèrent que l'article 25 du code civil jusqu'ici n'a posé de problème à personne, et que l'étendre à quelques uns n'en pose pas plus. Mais ils pensent certainement aussi que devenir français quand on est né de parent étranger n'est pas équivalent à devenir français lorsqu'on naît de parent français. Voilà le non-dit qui court derrière tous les arguments "politiquement corrects", le sujet qui n'est pas abordé. Dans le droit c'est équivalent, dans les faits il faudrait tout au moins le souhaiter.  Il faudrait également être aveugle ou angélique pour ne pas constater les problèmes d'intégration posés aujourd'hui, de la minute de silence aux victimes de Janvier refusée, à l'insulte pour celle qui porte une jupe dans les cités ou pour celui qui est un "sale blanc", jusqu'aux progrès du radicalisme dans la communauté musulmane et l'augmentation régulière de l'antisémitisme. Ne pas voir la ségrégation, ce serait également faire injure à celui qui s'appelle Mohammed et qui doit envoyer trois fois plus de CV que celui qui s'appelle Michel pour obtenir un emploi, ou celui qui se voit contrôlé dix fois par jour à cause de son lieu d'habitation. La nationalité ne donne malheureusement pas les clefs pour l'appartenance, c'est pourquoi le communautarisme se développe.
Il faudrait comprendre que ce n'est pas en révisant la constitution que ces problèmes vont disparaître, au contraire...


lundi 28 décembre 2015

il y a état de guerre, mais guère d'état

Lorsque la ministre de la justice annonce le contraire de ce que dit le président de la république, lorsque le premier ministre laisse filtrer lui aussi l'idée d'un abandon du projet de déchéance de nationalité, puis enfin le président lui-même se déjuge puis se ravise, l'état n'en sort pas renforcé. Ces hésitations semblent portées par des considérations politiciennes, elles esquivent le débat de fond. Comment faut-il traiter les ennemis ? Voilà une des questions principales. Mais elle en amène aussitôt une seconde : un français qui tue d'autres français peut il être appelé ennemi ? puis une troisième : qu'est ce que l'appartenance à une communauté ?

Lorsqu'en guerre des ennemis sont tués, personne ne met en avant la loi du 9 octobre 1981 qui abroge la peine de mort, ni la loi sur la légitime défense qui rend pénalement irresponsable. Pourquoi ?
Parce que l'état possède le monopole de la violence légitime comme l'explique Max Weber dans "le savant et le politique". Hobbes montre aussi bien avant Weber, dans le Leviathan, que l'état se crée pour agglomérer toutes les puissances individuelles dans une nouvelle et formidable puissance, addition de toutes. Son bras armé doit être capable d'amener chacun au respect : à l'extérieur pour la défense du territoire, à l'intérieur pour la bonne exécution des lois.
Ainsi la foule, les yeux dessillés, soudainement reconnaissante, frémissante et tremblante,  applaudit-elle les policiers et fraternise-t-elle avec eux le 11 Janvier, tout à coup émerveillée par l'état, comme le petit enfant se réfugie, lorsqu'il est effrayé, dans les bras de ses parents qui le protègent. Il y a peu elle trépignait et vilipendait les force de l'ordre au service de l'état bourgeois.
Lorsque le GIGN, tue les frères Kouachi le 9 Janvier, lorsque le RAID tue en même temps Coulibaly, et qu'il abat des terroristes le 13 et 18 Novembre , personne ne critique l'état, car tout le monde comprend qu'un autre "état" attaque la France.
Tuer oui, déchoir non. La foule accepte que des ennemis français, terroristes, soit tués par l'état français, mais en toute incohérence refuse de leur ôter leur nationalité, comme si la vie n'était pas un bien plus précieux. Ou plutôt, elle n'accepte pas qu'ils soient des ennemis, puisque français. 

Qu'est ce que l'appartenance à une communauté politique ? L'appartenance fait partie des biens, mais elle constitue un bien particulier, puisque tous les membres de la communauté possèdent ce bien par définition. (Sphere of justice, Michael Walzer, chap. 2) . Elle suppose l'adhésion aux valeurs de cette communauté, le respect des liens qui l'unisse et une compréhension partagée de ce que sont les biens et leurs mécanismes de distribution. L'appartenance ne vient pas de critères génétiques, elle n'est pas attachée au corps. Si les enfants des membres en héritent, c'est moins par filiation que par nécessité de régénération. Le meilleur moyen de faire persévérer la communauté et ses valeurs c'est de profiter d'une "tabula rasa", pour y imprimer le sceau du lien communautaire qui existe chez les parents. Inversement si un des membres de la communauté prend pour objectif la destruction de celle ci et la disparition de ses membres, tout en adhérant à une autre communauté ennemie alors l'individu rompt le contrat social, de la manière la plus forte qui soit. Il ne remplit plus les critères d'appartenance, il ne peut plus faire partie de la communauté politique.


Mais quand l'état est faible, quand les membres de la communauté ne reconnaissent plus l'état comme la puissance de chacun, quand la nation n'est plus un concept ressenti comme positif mais comme un danger pour les libertés individuelles alors le sentiment collectif s’évanouit, et l'ennemi devient l'état.

dimanche 27 décembre 2015

Islamophobie : une maladie ?


Antisémitisme et Islamophobie semblent à première vue composer un ensemble symétrique.
L' antisémitisme repose sur la thèse, propagée par l'Allemagne nazie, que les juifs forment une race inférieure. Les actes antisémites sont des crimes punis par la loi Gayssot de 1990.
L' islamophobie, en tant que terme, se compose des mots Islam et phobie. Il indique une peur maladive de l'islam, donc de la religion musulmane. A noter que les mots composant ce terme, contrairement à "antisémitisme" qui vise les sémites, ne visent pas une ethnie ou une race, qu'on ne parle pas d' "arabophobie" alors que les pratiquants de l'islam en France sont en majorité maghrébins. Littéralement donc "islamophobie" n'est pas synonyme de racisme, comme l'est "antisémitisme", la symétrie apparente disparaît.
 Remarquons également qu'aucun mot français n'évoque la phobie de la religion juive ou la phobie du juif. L'islam fait peur mais le juif est haï. Il y a indubitablement un racisme anti-arabe rampant en France, survivance de la colonisation, qui pense l'arabe comme inférieur, dont les actes qui s'en inspirent doivent être punis, mais ce n'est pas ce qui se joue immédiatement dans le terme "islamophobie", qui est plus complexe.
Une lourde charge  de significations implicites pèsent sur ce mot. On admet universellement que l'islamisme radical répand la terreur, mais personne n'a inventé le mot "islamismephobie", le mot s'applique à l'islam. Islamophobie viendrait donc d'une extension de cette peur, provoquée par les actes du radicalisme islamique, à la religion musulmane toute entière. Les gens susceptibles d'islamophobie seraient donc malade d'une peur irrationnelle envers la religion musulmane, par "amalgame" avec leur peur des actes de l'islamisme politique radical. Actes eux mêmes revendiqués par leurs auteurs comme une application stricte du coran, parole de Dieu qui code les comportements des mulsulmans.
Les islamophobes ne connaissent en général pas le Coran, tout comme les aérophobes, qui ont peur de l'avion, n'appréhendent pas la mécanique aéronautique. Mais s'ils lisaient le Coran, l'effroi ne s'éloignerait pas car les islamistes radicaux n'inventent pas les sourates sur lesquels ils s'appuient. Il les décontextualisent en appliquant littéralement ce qu'ils lisent. Lorsque les islamophobes entendent sur utube l'imam salafiste de la mosquée de Brest dire à une assemblée d'enfants que la musique est "haram", c'est à dire proscrite, ou  à des adultes qu'une femme non voilée ne doit pas s'étonner d'être agressée, leur maladie progresse. Comment savoir si c'est le "vrai" islam ou le "faux" islam ? des "vraies" sourates ou des sourates "obsolètes", un véritable imam ou un charlatan ? Si ce prêcheur ne respecte pas l'islam, s'il ne pratique pas la religion musulmane adéquate, n'est ce pas aux autorités religieuses de l'exclure ? voilà ce que se demande l'islamophobe. Lorsqu'on répond à l'islamophobe qu'on ne peut excommunier dans l'islam sunnite, que tout un chacun peut s'intituler imam, et interpréter le Coran à sa guise, cela ne rassure pas l'islamophobe. Lorsque l'état français, en respect de ses lois, ne peut faire taire l'imam de Brest comme l'avoue le ministre de l'intérieur,  alors sa terreur progresse encore. Reconnaissons, nous qui ne sommes ni juif, ni mulsulman, ni catholique et pas atteint par la maladie, qu'il ne s'agit pas d'un unique cas brandi outrancièrement par le complot islamophobique français... Considérons sérieusement les peurs, ne les ignorons pas, n'envoyons pas les effrayés chez le docteur FN qui attisera l'effroi.
Pour de nombreux acteurs publics, "islamophobe" s'emploie désormais, non pour désigner un malade mais pour tancer. De maladie simple, l'islamophobie devient une maladie honteuse. Pire, par  glissement sémantique, islamophobe s'emploie en lieu et place de "raciste", ceux qui ont peur tomberaient dans la haine xénophobe. Les français "islamophobiques" seraient en passe de conduire des ratonnades généralisées. Pour répondre à cette phobie envers les islamophobiques il suffit de rappeler quelques chiffres.


La communauté juive en France compte 550000 membres. et la communauté musulmane en compte environ 5 millions.
D'après un article du Monde , qui reprend les statistique de l'observatoire de l'islamophobie en France, il y a eu "274 actes et menaces antimusulmans au premier semestre 2015", donc sur 6 mois, contre 72 sur la même période l'année passée. "une nette décélération au second trimestre 2015 est observable, avec 52 actes et menaces recensés,"
Le  Service de Protection de la Communauté Juive relève lui "De janvier à mai, 508 actes et menaces antisémites", donc sur cinq mois, contre 276 en 2014. Avec une extrapolation à 6 mois cela nous donne donc 609 pour le premier semestre 2015.
Pris de manière absolue, les actes antisémites  représentent donc 69% des actes racistes en France, (en assimilant les actes antimusulmans à des actes anti arabes ). Pris relativement et rapportés à la population de chaque communauté cela donne 274:5000000 = 0,005 % pour la population musulmane affectée et 609 : 550000 = 0,11 % pour la population juive, soit plus de 20 fois plus.
Les enfants juifs quittent de plus en plus souvent l'école de la république pour trouver la sécurité dans les écoles confessionnelles.
Il faut également se rappeler l'attaque de l'école de Toulouse et de l'hyper cacher de la porte de Vincennes, visant spécifiquement la communauté Juive, qui se sont soldées par de nombreux morts, dont des enfants, ou l'affaire Ilan Halimi.
En 2015, 8000 juifs français ont quitté la France pour émigrer en Israël, formant le plus important contingent d'immigrés dans ce pays cette année.
Cela ne vous fait pas peur ?

mercredi 23 décembre 2015

Discrimi-nation


Dans "nationalité" se retrouvent implicitement les concepts de nation, d'état, et de pays. Nation car  la nationalité ne se dérive que de nation qui l'englobe. Etat car pour définir l'appartenance à une nation sont définis des processus inscrits dans la loi. Et pays car les lois d'un état s'appliquent à un pays. Ainsi la loi de l'état français prévoit elle trois cas de figure d'acquisition de la nationalité française:
- Lorsqu'un enfant naît d'un parent français, père ou mère, il acquiert automatiquement la nationalité française par le "droit du sang". Il suffit donc  d'hériter des gènes d'un français ou d'une française pour obtenir la nationalité française. L'idée de droits associés à l'héritage génétique pourrait sembler étrange, car cela signifie que ceux qui n'ont pas ce même héritage sont privés de ces droits sur des critères physiologiques, mais il s'agit bien de la même idée lorsqu'on hérite des biens de ses parents et personne ne s'en offusque.
- La deuxième possibilité d'acquérir la nationalité survient lors de la naissance d'un enfant sur le sol français par le "droit du sol". Si un de ses parents étranger est né en France alors il obtient la nationalité française dès sa naissance. Si ses parents sont nés à l'étranger il doit attendre la majorité pour obtenir de plein droit la nationalité française.
- La troisième possibilité est la naturalisation s'il l'on a vécu au moins cinq ans sur le sol français, mais elle n'est pas délivrée automatiquement.

Les deux notions principales sont donc le sang ou le sol : soit on devient français automatiquement par le sang quelque soit le lieu de naissance, soit on naît sur le territoire et l'on peut devenir français en complément d'autres critères.

La qualité "nationalité française" nous oblige autant qu'elle nous donne des droits : aussitôt français nous devons respecter les lois de l'état français. Nous bénéficions aussi automatiquement des droits assurés par la constitution. La première justification d'un état se trouve dans la nécessité de se regrouper pour unir ses forces et se défendre, ce qu'illustrait il y a peu l'existence d'un service national pour apprendre aux jeunes d'une classe d' âge à défendre leur pays.
Obtenir la nationalité associée à un état implique implicitement de partager la volonté de défendre la nation contre l'ennemi.  A l'inverse on ne devrait pouvoir obtenir ni conserver la nationalité associée à un état si l'on s'engage dans l'armée adverse d'un état en guerre dans le but de tuer des compatriotes. Cela va à l'encontre des idées qui constituent l'état, la nation, le pays.
Dans ce document de l'ONU http://legal.un.org/ilc/documentation/french/a_cn4_66.pdf, au paragraphe 9 on peut voir que de nombreux pays prévoient une déchéance de nationalité en cas d'activités contraires à la sécurité du pays.
On sait par ailleurs que les accords internationaux empêchent de retirer la nationalité d'un individu pour le rendre apatride. Sont donc uniquement visés par les procédures de déchéance de nationalité  les bi-nationaux incriminés de crimes contre l'état, à qui il restera une nationalité si la procédure parvient à son terme.

En France les bi-nationaux peuvent considérer à juste titre que les mesures de déchéances sont discriminatoires à leur égard puisqu' eux seuls sont susceptibles, à crime égal, de se voir retirer leur nationalité française. Ceux qui les défendent le plus vaillamment sont souvent ceux pour qui les mots nation ou état sont des gros mots ou des concepts dépassés qu'il faut démolir et qui refusent toute réflexion sur ce que peut signifier au fond "nationalité française". Mais ils n'échangeraient cette nationalité pour aucune autre.





Deux droits


"Les trois angles sont égaux à deux droits". Théorème ressassé en philosophie. Il s'agit en clair d'énoncer que la somme des angles d'un triangle est égale à deux (angles) droits c'est à dire 180 degrés. Ce théorème , est mainte fois repris pour évoquer l'idée que l'esprit, face à une vérité de cette nature, doit s'incliner nécessairement. Ce jugement est apodictique, nécessaire, il ne peut pas ne pas être. Tous les hommes doivent  accepter cette vérité universelle de l'esprit. Ils peuvent se quereller pour estimer la couleur de cette fleur ou de ces feuilles, selon l'expérience qu'ils en ont, mais pas sur les démonstrations mathématiques.
Les idées "claires et distinctes" de Descartes ou les jugements a priori de Kant, comme les théorèmes mathématiques, ne proviennent pas, pour ces rationalistes, de l'expérience :  ils sont basés sur des capacités innées de notre esprit.

Pourtant angle, ligne, degré sont des mots de la langue. Langue apprise même si l'on affirme comme Chomsky que les structures du langage sont innées.
Aucune "vérité" complexe ne peut s'exprimer hors de la langue, et toute langue entretient un rapport avec la réalité. Les théorèmes mathématiques sont exprimés avec des symboles, une grammaire, un système formel, autant d'éléments partagés et qui ne surgissent pas de façon innée dans l'esprit.  Pour estimer le vrai ou le faux il nous faut donc une proposition, une pensée, dans un certain langage. Mais ce n'est pas la langue qui donne le critère du vrai ou du faux, ce qui nous apparaît comme "vrai" plutôt que "faux" provient bien de l'assentiment  que donne notre esprit à une proposition, un syllogisme ou bien à l'adéquation du concept et de l'objet. Il n'y a rien de faux dans la nature, donc rien de vrai. La vérité n'est pas un phénomène naturel.
Existe-t-il des propositions vraies de toute évidence ?

Le principe de non contradiction, énoncé par Aristote, il est impossible qu’une seule et même chose soit, et tout à la fois ne soit pas... ne se démontre pas rationnellement, il est axiomatique. Par ce principe, par exemple, une même chose ne peut être en même temps blanche et non blanche, ou exister et ne pas exister. Le contraire ne nous est pas concevable, cela heurterait notre sens logique,  et  ne s'accorderait pas avec ce que nous constatons de la réalité. Mais ce que nous constatons de la réalité provient de la manière dont traitons les sensations. Les sensations externes sont le "donné" que notre esprit catégorise a priori, selon Kant, via notre entendement pour produire des concepts se rapportant à la nature. Le monde nous est intelligible uniquement parce que nous lui donnons sens par l'intermédiaire des concepts d'effets et de causes, de permanence,  de possible et d'impossible etc. sans quoi le monde ne serait qu'un chaos de couleurs et de bruits. Autrement dit ce n'est pas la réalité qui nous impose le principe de non contradiction, mais nous sommes "cablés" pour considérer qu'une chose ne peut exister et ne pas exister en même temps, sans quoi aucune expérience ne serait possible. Nous sommes également "cablés" pour étiqueter comme "vraies" ou "fausses" nos pensées par la façon dont nous reconstruisons la réalité.

Pourquoi avons nous besoin des catégories "vrai" et "faux", puisqu'elles n'existent pas dans la réalité ?  Pour l'école pragmatique, la "vérité" exprime le rapport au monde qui  permet d'opérer sur lui utilement, inversement sera catalogué comme "faux" tout processus qui n'arrive pas à la fin visée.
Ainsi William James, philosophe pragmatique, déclare-t-il dans "Le pragmatisme" en 1907:

" Ce qui pour nous serait le meilleur à croire " : voilà qui ressemble assez à une définition de la vérité ! C’est à peu près comme si l’on disait : " Ce que nous devons croire ". Or, dans cette seconde définition personne ne verrait rien d’étrange. Aurions-nous jamais le devoir de ne pas croire ce qui est pour nous le meilleur à croire ? Et pouvons-nous maintenir éternellement séparées la notion de ce qui est pour nous le meilleur et la notion de ce qui est vrai pour nous ?
Non! — répond le pragmatisme; et je réponds de même."





mardi 22 décembre 2015

La cause des attentats


Sujet actuel qui revient souvent dans la presse ou les réseaux sociaux : il y a-t-il des "excuses", que l'on pourrait déduire d'arguments provenant de la sociologie, aux attaques terroristes? Un article du journaliste Xavier Molénat tente d'éclaircir ce débat opposant déterminisme social à libre arbitre. Sachant que les deux camps semblent d'accord pour ne pas évacuer la notion de responsabilité du criminel/terroriste, la finalité du débat serait, du côté du camp "sociologue", d'éviter la reproductibilité de tels phénomènes.
D'un côté, le camp du gouvernement qui se veut responsable de la sécurité des citoyens. Pour lui la question du substrat social n'offre pas de pertinence pour l'action présente dans la mesure où l'urgence porte à nous défendre contre un ennemi qui prend des vies aujourd'hui et maintenant. De l'autre côté, le camp du sociologue pour qui l'engagement de jeunes radicalisés dans les banlieues constitue un fait social et le comprendre donne des indications pour tenter d'infléchir cette situation par la politique.
Nous ne sommes manifestement pas dans le même temps. Il n' y a aucune incompatibilité de vue : la politique doit prendre en charge à la fois la défense des citoyens et leur égalité, mais incompatibilité de calendrier et de moyens. Pour les sociologues la situation des descendants de l'immigration est en question, mais convenons qu'elle ne pourra s'améliorer dans les jours ou semaines à venir, et la recette pour résoudre rapidement tous les problèmes constatés, échec scolaire, ghettoïsation , délinquance, montée de l'islamisme radical, antisémitisme, ne tombe pas du chapeau.

Le problème vient plutôt du vocabulaire et des arguments employés par les sociologues. Dans l'article interviennent des citations du sociologue Bernard Lahire comme : "comprendre est de l'ordre de la connaissance, juger et sanctionner de l'ordre de l'action normative". Nous ne pouvons qu' acquiescer. Puis:
"Dans ces conditions, ceux qui invoquent le libre arbitre face aux déterminismes sociaux « sont un peu comme ceux qui, apprenant l’existence de la loi de la gravitation, feraient reproche aux savants de leur ôter tout espoir de voler en se jetant du sommet d’une montagne…»
Et enfin "en expliquant comment cela peut faire naître des frustrations et du ressentiment qui les rendent sensibles aux discours de haine, les sciences sociales n'absolvent pas les terroristes : elles décrivent des causes."

Placer la sociologie sur le même plan que la physique, identifier la cause "gravitation" à la cause "pauvreté" comme appartenant toutes deux à des lois de la nature qui ont des effets nécessaires, voilà où le bât blesse. Mettez deux individus dans le même milieu, la pauvreté, qui partagent la même culture et la même histoire, ils n'auront pas nécessairement les mêmes choix. Jetez deux pierres en haut d'une tour, elle tomberont, nécessairement. La pierre n'a pas de responsabilité dans sa chute, mais il y a une cause nécessaire : la gravitation et cette expérience est reproductible.  En introduisant la nécessité, Bernard Lahire, nous livre une version de déterminisme absolu qui contredit sa volonté de compréhension par le déterminisme social qui doit inclure la contingence . Pour comprendre il faut également différencier et étudier les trajectoires, bien plus nombreuses, des jeunes issues de milieux identiques qui ne passent pas à l'acte. Xavier Molénat qui titre son dernier chapitre "la haine des causes", procède de même en identifiant "cause" et "cause nécessaire". La pauvreté constitue le milieu favorable dans lequel se propage l'islamisme radical. Mais dans le même milieu on constate aussi l'inverse, des jeunes qui s'en sortent : parler de cause est tout simplement faux.
Dans l'ordre juridique et normatif, l'être irresponsable, le fou ou l'enfant, n'est pas jugé coupable. Si la sociologie appelle "cause" la pauvreté alors elle rend irresponsable les tueurs.